
Sur un ancien site d’essais nucléaires, trois générations sont confrontées à l’héritage obsédant du passé. Elles luttent pour leur survie et garder leur espoir dans un monde au bord de la destruction.

We Live Here
Kazakhstan, 2025
De Zhanana Kurmasheva
Durée : 1h20
Sortie : –
Note :
LA BOMBE INHUMAINE
Des photos en noir et blanc volent au vent dans les premiers plans de We Live Here. Mais lorsque la caméra de la Kazakhstanaise Zhanana Kurmasheva s’approche, comme si l’on plissait les yeux pour mieux voir, on se rend compte qu’il s’agissait en fait de photos qui ont simplement perdu leurs couleurs. Non loin de ce lieu en apparence paisible, des centaines d’essais nucléaires ont été réalisés par l’URSS. Des populations vivent à quelques dizaines de kilomètres ? Peu importe. Autrefois, témoigne un ancien, les explosions étaient un spectacle. Avec ce documentaire présenté en première mondiale dans la compétition du Festival CPH:DOX, Kurmasheva retrace l’histoire de ce passé et ses traces indélébiles sur le présent.
Le décor immense occupe tout l’écran, mais un silence étrange pose un voile fantomatique sur ce décor. Cette steppe choisie pour des expérimentations aux conséquences terribles était jadis la terre des poètes. C’est désormais un lieu hanté par une menace invisible ; des scientifiques y enfilent des tenues pour être protégés. A travers les différent.es protagonistes qu’elle rencontre, Zhanana Kurmasheva s’intéresse à trois temps : le passé avec les souvenirs d’un vieux témoin, le présent avec une famille touchée par une maladie due à ces essais, et le futur possible examiné par des scientifiques.
We Live Here dépeint des décennies d’inaction : d’abord les vies emportées, les accidents ou les suicides communs à l’époque des essais. Mais aussi le cynisme dont sont victimes les habitant.es aujourd’hui, dans leur combat pour faire reconnaître la responsabilité du pouvoir sur les maladies graves dont sont atteintes les jeunes générations. A la radio, des nouvelles de l’agression russe en Ukraine rappellent que l’impérialisme est toujours à l’œuvre. Dans ce montage, les images passées s’invitent comme des mauvais souvenirs. Ici, on croise la tombe d’une jeune fille de 16 ans, là, on s’accroche à l’espoir : « seul le mal vit sans espoir ». La réalisatrice mesure, soucieuse, la menace apocalyptique du nucléaire. « Nous vivons ici » indique le titre international du long métrage, phrase qui concerne autant les habitant.es d’une petite ville au Kazakhstan que celles et ceux de la planète.
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par Nicolas Bardot